L’institut national des jeunes aveugles en visite

4 février 2013

lundi 4 février 2013, par Hélène Lipietz

Une nouvelle visite du sénat. J’ai eu le plaisir de recevoir des élèves de l’Institut national des jeunes aveugles (INJA).

Un reportage video a été réalisé par le site senat.fr.

Voir en ligne : Visite virtuelle du Palais du Luxembourg

J’ai connu l’institut national des jeunes aveugles (INJA) à l’époque où j’étais conseillère régionale.

En effet, je participais aux conseils d’administration de cet établissement, rare banlieusarde à avoir choisi de siéger dans un établissement qui ne dépendait pas directement de mon département. Il est vrai que j’avais fait aussi le choix d’être membre du conseil d’administration du centre hospitalier psychiatrique de la Queue-en-brie (94). C’était un des moments de plaisir de rencontrer cette équipe extraordinaire polyvalente alliant médecine, psychologie et éducation afin de rendre autonomes ces jeunes malvoyants ou aveugles.

A l’heure où l’Etat cherche à promouvoir l’insertion des handicapés dans la scolarité normale, l’expérience de l’institut national des jeunes aveugles m’a obligée à remettre en question cette ligne politique.

En effet j’ai ainsi appris que la compensation du handicap visuel nécessitait énormément de formation puisque 80 % des informations de la vie courante nous viennent par la vue.

Toute l’éducation donné à l’INJA ne consiste pas seulement en l’apprentissage du [braille], mais aussi à apprendre à compenser le handicap, mais encore à penser ce qui ne passe que par la vue. Ainsi des psychologues prennent en charge des enfants afin d’essayer de leur expliquer les couleurs.

Dans l’intégration en milieu scolaire normal, les enfants sont aidés par des assistantes de vie scolaire : celles-ci ne sont nullement formées au handicap particulier de la malvoyance, ainsi font elles à la place de leurs jeunes élèves.

C’est ainsi que lorsque les parents admettent qu’il faut que l’enfant soit pris en charge par l’INJA, les instituteurs et les professeurs de cette institution reçoivent des enfants qui ont eux toujours étaient couvés et ne sont absolument pas autonomes : ils ont donc à leur apprendre l’autonomie pour qu’ils puissent vivre seul. La couvade des parents ayant été confortée par la présence d’une AVS, le travail est immense. Il est vrai qu’il ne doit pas être facile pour des parents de se séparer de son enfant pour qu’il aille à l’institut national des jeunes aveugles dès son plus jeune âge, puisque cet institut accueille les enfants en internat dès la maternelle.

Il semblerait que les élèves accueillis ont beaucoup évolué avec notamment l’apparition de polyhandicapés associés à la cécité. Peut-être parce que aujourd’hui on réanime des grands prématurés sans pour autant garantir qu’ils ne seront pas handicapés.

Il y a encore les enfants albinos, avec une malvoyance associée, qui fuient l’Afrique et les superstitions voulant qu’un albinos porte malheur, voire, dans certaines zones d’Afrique, que leurs cheveux ou l’anthropophagie peuvent être un moyen de lutter contre les différentes plaies qui accablent leur continent.

Au-delà du handicap il est évident que la pédagogie, développée pour chacun de ces enfants, pourrait être reprise dans notre enseignement général afin que l’élève soit au centre de notre projet éducatif, ce qui, hélas, est encore loin du compte dans nos classes surchargées.

C’est donc avec le plus grand espoir et le plus grand plaisir que j’ai conçu cette visite du Sénat pour les élèves de l’INJA, avec la complicité active et réactive de Perline, il a fallu prévenir les services et notamment le service qui s’occupe des visites, pour que nous puissions inventer une visite tactile, là -haut où tout est éblouissant pour les yeux : l’or de la République ou de la salle du livre d’or ne se touche pas, il s’impose...

En se mettant à plusieurs et en pensant à bien expliquer tout ce qui nous entourait, nous avons fait une visite fort longue : plus de 2h contre 1h30 traditionnellement, mais extrêmement instructive, tant pour les malvoyants que pour nous-mêmes : expliquer aux enfants pourquoi le mur extérieur de la cour d’honneur était fait de plats et de bosses fut une question qui m’a renvoyée à mes études d’histoire de l’art...

Stéphane, le guide, a eu l’idée sublime de leur faire toucher une des Marianne présentes dans le hall aux 8 colonnes, collection de Marianne qui fut donnée par un ancien sénateur.

Il a demandé un escabeau à des collègues et les jeunes ont pu aller toucher la vaste poitrine, la couronne de lauriers et le visage de cette Marianne, pendant que j’expliquais aux élèves pourquoi le symbole de la République est une femme et pourquoi elle s’appelle Marianne. Sans parler de l’opulente poitrine...

Toutefois nous n’avions pas pensé que nos statues prennent quelques peu la poussière qui, après, s’est retrouvée sur les mains des élèves !

Les huissiers de l’hémicycle avaient eu la gentillesse de préparer leurs costumes pour que les enfants puissent toucher l’apparat républicain : épée, chaîne, gants, autant d’attributs visibles de la fonction d’huissier qui, pour nos jeunes, ne voulaient rien dire. Bien entendu nous avons fait les traditionnelles photos et j’ai été invitée par une future avocate «  à venir visiter l’INJA avec Perline, ce serait les élèves qui nous feront visiter, ça sera trop bien !  » D’autant que comme au Sénat, il y a des tapis dans l’une des grandes salles de l’INJA.

Nous irons bien entendu, avec joie !

Les jeunes aveugles de l’INJA en visite au Sénat
Réalisé par le site http://senat.fr/

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