Tango libre

La prison, dedans, dehors

mercredi 5 décembre 2012, par 0.20 Perline Noisette

Pourquoi les Belges excellent-ils tant dans les films de l’univers du quotidien ?

Pourquoi ce qui pourrait vite tomber dans le sordide est peint avec beauté, et surtout émotion, tant les personnages que le cadre ?

Un excellent film, à ne rater sous aucun prétexte, sur l’univers de la prison. Il a d’ailleurs obtenu le prix spécial du jury (réservé aux longs métrages) à la Mostra de Venise 2012.

Une tragi-comédie qui fait immédiatement penser au Tango des Rajewski, et ce n’est pas une coïncidence puisqu’ils ont tous deux un point commun outre la Belgique : Philippe Blasband, co-adaptateur et dialoguiste du premier et co-scénariste du second.

Des acteurs fantastiques, François Damiens, Sergi Lopez, Jan Hammenecker, Zacharie Chasseriaud.

Et il faut saluer la multiple performance de Anne Paulicevich, scénariste (unique), co-adaptatrice et dialoguiste et actrice principale.

Tout en double, tout en opposition. Ou ce qu’on croit l’être se révèle beaucoup plus proche qu’on ne l’aurait pensé.

Une barrière invisible entre des mondes, qui semble infranchissable et qui se révèle si facile à franchir.

Des effets de miroir, des questions qu’ils engendrent.

Une vision de la prison, côté prisonniers, côté gardien. Le quotidien des autres est-il plus enviable que celui des uns ?

Une vision de l’amour, un homme et un autre. Est-il si déraisonnable d’aimer plusieurs personnes, d’être plusieurs à aimer la même personne ? [1]

Une vision du machisme, et de l’homophobie. Un homme doit-il être viril et pour cela violent ? [2]

Une vision du dehors et du dedans. Le dehors est-il plus enviable que le dedans, au fond ?

Une vision du parloir vitré et du parloir de table, ouvert. A-t-on toujours envie de rester jusqu’au bout de ces parloirs qu’on attend toute la semaine, que l’on soit dehors ou dedans ?

Une vision du respect total des règles, une vie totalement contraire aux règles. Y gagne-t-on plus dans un cas que dans l’autre ?

Trois hommes, une femme, un enfant.

Le corps, la sensualité, le tango comme révélateur.

Révélateur des relations entre personnes, quels que soient les sexes qui dansent. Tango qui résonne tant au plus profond de nous, qu’il contamine les plus réticents, malgré eux.

Un hommage au tango, un superbe tango entre prisonniers, rythmé par les mains tapant sur les chaises et les tables, d’habitude utilisé en signe de manifestation, ici encore une fois à contresens. Si fort, si puissant, si résonnant que des larmes ont jailli de mes yeux.

Et, au final,
Le tango permet à tous de revivre.
Le tango permet à tous de sourire.
Le tango permet à tous d’être libres.

P.-S.

de la Sénatrice : pour avoir tant fréquenté les prisons, les prisonniers et leur famille, les gardiens en tant qu’avocate, pour continuer d’essayer en tant que sénatrice d’être utile aux détenu(e)s et aux personnels pénitentiaires, je ne peux pas aller voir ce film. Pour moi le cinéma doit me vider la tête, ne pas être en résonance avec mes préoccupations... mais ayant la confiance la plus absolue en Perline, si elle dit que c’est sublime, c’est que cela doit l’être... donc courez voir ce film

Notes

[1et d’être aimé(e) par plusieurs personnes ? note de la sénatrice

[2et la virilité est-elle forcément violente ? note de la sénatrice

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