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Réponse à un angoissé existentiel

où la sénatrice devient psychologue

mardi 18 juin 2013, par Hélène Lipietz

Un de mes plus grandes surprises depuis que je suis sénatrice c’est le nombre de personnes qui m’écrivent sur des sujets qui ne sont pas dans le domaine de ma commission, donc sur lesquels je n’ai pas réfléchi en commission.

Il m’est donc parfois difficile de répondre du tac au tac… mais, devant avoir une idée sur tout puisque j’ai été élue pour cela, j’essaye de repondre aux courriers tant qu’ils ne traitent pas d’un cas personnel mais posent une question de fond.

Toutefois, devant l’angoisse qui émanait de la lettre ci-dessous, je n’ai pu m’empêcher de répondre à ce monsieur, angoissé par la castration symbolique en cours dans notre société :-)

Il est vrai que la misogynie sénatoriale m’a obligée à réfléchir à la prégnance de la tradition millénaire de l’infériorité féminine.

J’espère que je l’ai rassuré, mais il ne m’a pas répondu :-(

Depuis cette lettre, dans notre bureau, nous ne disons plus aller aux toilettes, mais, « je vais vérifier mon genre ».

Madame la Sénatrice
Sans le savoir peut-être suis-je une fille ! Peut-être que seules mon éducation et toutes ses influences sexuées ont déterminé le comportement sexuel masculin dans lequel je suis défini actuellement aux yeux de la société et à mes propres yeux !

Peut-être suis-je une fille ! Comment savoir ?

Selon la "théorie du genre", il faut que je me détermine par moi-même sans a-priori.  Comment faire cette recherche sur soi-même ?

Je propose à tous les "hommes" comme moi-même en recherche de leur "véritable" (?) identité, d’explorer toutes les voies possibles :
un exemple ? La prochaine fois qu’un besoin naturel se fera sentir, ALLONS TOUS PISSER DANS LES TOILETTES DES FEMMES. Nous y aurons peut-être une révélation !   Peut-être, Madame la Sénatrice, aurais-je l’honneur de vous y rencontrer ?   A moins que vous-même, en doute sur votre véritable identité, alliez satisfaire ce besoin naturel dans les toilettes des hommes. Je vous souhaite bien du plaisir !

Vous souhaite surtout, Madame la Sénatrice, de retrouver du bon sens, et d’oser dire non aux lobbies minoritaires qui veulent faire croire que la réalité est autre que ce qu’elle est, et ceci depuis que des atomes structurés en chromosomes gérent les cellules vivantes.

Recevez, Madame la Sénatrice, mes salutations respectueuses

Voici ma réponse, je crois qu’elle est inspirée par un excellent livre.

Et par ma découverte à l’âge de 15 ans des toilettes publiques d’Ephèse et son règlement intérieur : ouvert le matin aux hommes, post-méridien aux femmes.

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Latrines d’Ephèse

Monsieur,

Merci de cette intéressante question qui me permet de vous répondre avec plaisir.

Je pense que vous entendez appeler mon attention sur ce que d’aucuns appellent, à tort, "la théorie du Genre".

Celle-ci n’est, en réalité, que la compilation des résultats de tests ou d’observations qui indiquent que certains de nos comportements ne sont pas liés à nos chromosomes, mais à l’éducation que nous avons reçue.

J’espère d’ailleurs que vous êtes attentifs à ce rôle fondamental de l’éducation dans le développement de la personnalité de vos enfants, fille ou garçon, pour les guider dans le droit chemin de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Vous invoquez les lieux d’aisance comme moyen de vous retrouver dans votre sexe, je ne vous les conseille pas : car savez vous que dans nombre de civilisations on n’urine pas comme en Occident, femme assise homme debout (à l’envers, disait ma fille de 4 ans), mais accroupi pour les hommes, sans faire de bruit, bruyamment pour les femmes parce que debout, signe évident de fertilité ?

Ce que je sais aussi, c’est que mon fils à 4 ans, lorsqu’il est arrivé en moyenne section n’a plus voulu mettre la table comme ses soeurs… 

Après une grosse colère de ma part (et oui chez moi c’est la mère qui gronde, le père qui cajole), j’ai eu l’idée d’interroger mon fils : ne se serait-il pas fait moquer de lui à l’école parce qu’il mettait la table, activité oh combien féminine dans mon quartier défavorisé ? 

J’ai alors pu lui expliquer que garçon ou fille les enfants devaient mettre la table parce que chacun participe à la vie familiale, leur père en faisant la cuisine et la vaisselle et leur mère en faisant les courses.

Introduire les apports des études de genre dans les classes, dans le comportement des professeurs qui ont tendance à demander aux filles d’être sages, de la jouer "collectif", bonnes en français ; et aux garçons d’être actifs, "individualistes" et bons en maths, c’est lutter contre le déterminisme social qui rabaisse les filles et empêche les garçons de bercer une poupée à l’école, c’est lutter pour plus de compréhension de l’autre sexe pour que les violences domestiques et sexuelles baissent, bref, autant de buts qui, j’espère, sont aussi les vôtres.

Ecologiquement et paritairement vôtre,

Voici le texte retrouvé par Maïeul chez Hérodote.

Chez eux, les femmes vont sur la place, et s’occupent du commerce, tandis que les hommes, renfermés dans leurs maisons, travaillent à de la toile (16).

Les autres nations font la toile en poussant la trame en haut, les Égyptiens en la poussant en bas. En Égypte, les hommes portent les fardeaux sur la tête, et les femmes sur les épaules. Les femmes urinent debout, les hommes accroupis ; quant aux autres besoins naturels, ils se renferment dans leurs maisons ; mais ils mangent dans les rues.

Ils apportent pour raison de cette conduite que les choses indécentes, mais nécessaires, doivent se faire en secret, au lieu que celles qui ne sont point indécentes doivent se faire en public.

Chez les Égyptiens, les femmes ne peuvent être prêtresses d’aucun dieu ni d’aucune déesse ; le sacerdoce est réservé aux hommes.

Si les enfants mâles ne veulent point nourrir leurs pères et leurs mères, on ne les y force pas ; mais si les filles le refusent, on les y contraint.

(Hérodote, Histoires, II, xxxv, 3)

P.-S.

On peut d’ailleurs se demander si l’habitude occidentale de « pisser debout » n’est pas source deproblèmes physiques pour nos hommes

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