Georges LIPIETZ témoigne

les traumatismes d’un survivant

jeudi 7 septembre 2006, par Hélène Lipietz

Papa a été interrogé par de nombreux historiens, surtout parce qu’il était l’un des derniers à avoir connu de près Aloïs Brunner, le bourreau de Drancy, le liquidateur des Juifs de la côte d’Azur. Il a ainsi témoigné devant la commission historique de la Gendarmerie ou devant des élèves à Drancy dont sa petite fille, ma fille aînée. Je ne me souviens pas qu’il ait été entendu par des historiens de la SNCF...

Il a été surtout filmé pour FR3 à Drancy. Cette émission que je n’ai pas vue et que je recherche en vain, a été diffusée à 2 reprises en entier, dont une fois après sa mort. Des extraits ont ouvert les journaux télévisés en mai 2006, pour l’annonce du procès.

Le mari de ma sœur Catherine, Mattias OTT est reporteur professionnel. Il est l’auteur des photos dans l’église du mariage de ma fille aînée et Emmanuel.

Il est allemand, né après la guerre, et a toujours été le confident de Papa. Parce que, tout comme les enfants de victimes, il cherchait à savoir comment deux nations ont pu ainsi renier l’Humanisme européen, il a filmé Papa le 3 janvier 2003, trois mois avant sa mort, celle qui pose les questions est ma sœur Catherine.

Voici donc, pour ceux qui veulent savoir ce qu’était le traumatisme du voyage en France, sous la responsabilité de la SNCF, un visage, une voix d’outre-tombe ... avec, à mon avis, certainement une reconstruction de la mémoire car je pense que Papa n’a sans doute pas entendu Radio-Londres qui annoncé le 1er juillet 1942 le massacre de Juifs polonais ainsi que l’existence de chambres à gaz (renseignements in « les convois de la honte de Raphaël DELPARD, Michel Lafon éditeur).

Mais Catherine, ma soeur, pense qu’effectivement Papa a entendu ce message... Il est vrai que je n’ai jamais interrogé Papa sur la guerre, tant il était difficile de l’entendre décrire sa souffrance... et sa mort, subite, dans un éclat de rire, m’a privée à tout jamais de pouvoir lui poser des questions... Je préférai quand il me parlait des ZAZOUS dont il faisait parti et des soirées-danse chez les copains jusqu’au matin pusique la nuit, il y avait le couvre-feu... Jusqu’à sa mort, maman l’appelait « mon Zazou » !

Vivre sa jeunesse (papa est né en 22) quand on sait que les lois pétanistes planent au-dessus de vous et de votre famille, nécessite une foi dans l’avenir incroyable, que Papa nous a transmise.

Je suis sure, en revanche, qu’il est un des rares à avoir entendu l’appel du 18 juin, et non celui qui fût enregistré, le 20 juin...Il en était très fier et le rappelait régulièrement à mon Grand-père maternel, lui qui n’avait entendu que l’appel du 20 juin...

Forum

2 Messages

  • Georges LIPIETZ témoigne date forum, par zajdenband sara

    L’état belge vient après plus de cinquante ans de reconnaître devoir une certaine somme pour le dommage créé à ma famille défunte à auschwitz:3003€,le prix de la perte de deux oncles,un grand-père,une grand-mère que j’aurais adorée,trois ans de la jeune vie de mon père dans les ténèbres de l’antichambre de la mort,la confiscation de tous leurs biens meubles et immeubles,une enfance sans dîners de famille,et cette blessure au fond de mon ventre qui a stérilisé à jamais mes entrailles afin qu’elles ne produisent JAMAIS aucun fruit. 3003@,le prix de la honte,honte à ce monde sourd à mes cris de colère,de détresse ;honte de ce peuple juif qui se résigne si facilement . Plutôt mourir debout que vivre à genoux. Mais seule,que faire devant l’adversité si unie pour vous massacrer ? Il y aura t il une lumière pour me guider dans l’obscurité ?

    • Georges LIPIETZ témoigne date forum, par Hélène Lipietz

      Que vous répondre ? Comment venir vers vous pour être simplement un Humain à vos côtés, auprès de vous qui avez connu l’inhumain ?

      Et certains osent dire que c’est trop vieux donc effacé des souvenirs »¦

      Ma petite lumière à moi c’est simplement de me battre pour que plus jamais cela, pour que les C »¦ qui écrivent sur mon site des bêtises plus grosses qu’eux n’aient jamais à vivre ce que vous avez vécu.

      Je ne sais si cela éclairera le tunnel de votre vie, mais j’espère que mon amitié vous réchauffera un peu le cœur.