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L’obligation de renouveler ma garde-robe

mardi 25 septembre 2012, par Hélène Lipietz

Une des premières obligations en devenant sénatrice a été de renouveler ma garde-robe.

Comme tout le monde le sait, je n’ai jamais été coquette et ma mère prétend même que si je suis devenue avocate c’est pour pouvoir cacher mes habits sous ma « biaude » (terme morvandiau pour désigner la blouse des maquignons).

J’ai donc fait le tri dans ma garde-robe et j’ai jeté t-shirts tachés, chemisiers trop petits, jupes parfois vieilles de plus de 20 ans… Plus exactement, je les ai mis de côté pour les donner à Emmaus.

La pauvreté de ma garde-robe fait peur, j’ai donc essayé de trouver un magasin pour acheter jupes, t-shirts et autres. Depuis quelques années les habits que j’achetais l’étaient auprès d’Azimut (ONG travaillant avec le Tibet avec des matériaux bios et en respectant les valeurs du commerce équitable).

Azimut ayant, hélas, été lâché par son banquier, je me trouvais fort dépourvue pour porter des habits correspondant à mes valeurs politiques.

Heureusement Céline est fondatrice de Rurban coop et donc très au courant du tissu écologique artisanal seine-et-marnais. Elle m’a proposé d’aller rencontrer une couturière au nord du département. Stéphanie venait de créer son atelier de couture, j’y suis donc allée avec de magnifiques lainages que mon père avait achetés quelques mois avant sa mort. Stéphanie m’a donc inventé des jupes pour mettre en valeur à la fois mes formes qui n’en avaient pas besoin et aussi, mais surtout, la qualité de ces lainages.

Discutant de la difficulté à trouver des vêtements bios, elle m’a révélé qu’une jeune entreprise seine-et-marnaise installée à Logne venait de se créer, avec, pour but, de commercialiser en France des tissus bios en coton. Sa dirigeante suit du lieu de culture jusqu’en France, les fait tisser en France parfois sur des vieux métiers mis au rancard, et teindre avec des couleurs végétales. Mais, surtout, elle crée elle-même ses motifs et c’est ainsi que sur Internet je découvris la collection d’Amandine.

Évidemment, ma passion des champignons et d’Alice au pays des merveilles (le seul livre que j’ai lu en anglais après l’avoir connu par cœur en français) me fit acheter ce magnifique tissu.

Après trois essayages, nous arrivâmes à trouver avec Stéphanie un modèle de jupe où les couleurs, et surtout la ceinture, étaient adaptées à la solennité du Sénat, malgré le caractère fantaisiste du tissu.

N’ayant pas le temps d’imaginer un haut, je me suis rabattue sur un T-shirt en coton bio d’une marque de vêtements de sport très connue. Et c’est ainsi que je pus aller au Sénat toute de coton bio vêtue.

Cet épisode, valorisant pour la filière bio seine-et-marnaise, illustre les codes pesants qui régissent la vie au Sénat : collaborateurs et sénateurs, collaboratrices et sénatrices (plus encore les collaborateurs que les sénateurs) doivent s’habiller conformément aux codes.

Les appariteurs et autres personnels du Sénat, sans jamais se départir de leur politesse exquise, nous font bien comprendre la nécessité de respecter les codes vestimentaires du Sénat. Il est certainement plus facile pour les femmes de le faire que pour les hommes qui doivent à tout prix porter une cravate.

Et c’est pourquoi vous verrez, lorsque je publierais, comme j’ai toujours dit que je le ferai, annuellement, l’utilisation de mon indemnité représentative de frais de mandat, une grosse part sera attribuée à l’achat de vêtements.

Non parce que ma coquetterie freinée depuis 50 ans reprenne le dessus, mais tout simplement parce que, élue de la République je me dois de respecter le décorum de celle-ci et l’honneur que m’ont fait les électrices et électeurs.

P.-S.

Pour ceux qui veulent tout connaître sur les us et coutumes vestimentaires, avec des anecdotes et des dates. La revue du droit public est certainement une des revues de droit les plus difficiles de lecture que je connaisse, mais pour une fois cet article se lit comme un roman… policé : « Le code vestimentaire des hémicycles sous la Ve République : mythes et réalités » Par Christophe PARENT, Maître de conférences, Institut de Droit Public, Université de Poitiers, Revue du droit public et de la science politique en France et à l’Étranger, 01 novembre 2013 n° 6, P. 1421

Forum

8 Messages

  • L’obligation de renouveler ma garde-robe Le 16 octobre 2012 à 21:58, par stephanie agnifili

    merci pour l article et le lien Madame Lipietz ! amitiées sincéres. Stéphanie. Couturemaligne.

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  • L’obligation de renouveler ma garde-robe Le 18 octobre 2013 à 13:08, par XXL

    « Les appariteurs et autres personnels du Sénat, sans jamais se départir de leur politesse exquise, nous font bien comprendre la nécessité de respecter les codes vestimentaires du Sénat. » : le « dress code » est-il seulement (?) non écrit ou bien fait-il l’objet de dispositions du règlement intérieur du Sénat ?

    J’ai en tête des photos d’élus verts allemands (au Bundestag ?) qui arboraient un style Babacool très vintage : nos cousins germains sont-ils plus coulant question feuille de vigne ?

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    • L’obligation de renouveler ma garde-robe Le 18 octobre 2013 à 13:37, par Hélène Lipietz

      merci de votre lecture : il s’agit d’un code non écrit qui évolue peu à peu. Ainsi pour les femmes, elles n’avaient pas le droit jusqu’il y a peu d’être épaules nues (peut-être pour ne pas perturber ces messieurs ?), le port du pantalon est admis depuis plus longtemps.

      Quand je suis arrivée au sénat, les appariteurs voulaient me faire enlever mon sac à dos avant d’entrer en séance, j’ai résisté.

      on n’a pas le droit de se faire la bise.. mais on peut se traiter de tous les noms…

      les sacs doivent être par terre, pas sur le bureau

      pour les hommes ils doivent avoir une cravate, un vert, Joel Labbé , a fait la révolution en venant avec une cravate « lien »…mais c’était avant mon arrivée et je ne l’ai jamais vu avec depuis… il faut que je lui demande…

      Je pense que les Allemands sont effectivement plus décontractés que nous… mais ils ne siègent pas dans les Ors…eur de la république

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  • L’obligation de renouveler ma garde-robe Le 18 octobre 2013 à 20:42, par XXL

    « on n’a pas le droit de se faire la bise » ??? Vraiment !? Vous voulez-dire dans l’hémicycle, en séance.

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    • L’obligation de renouveler ma garde-robe Le 18 octobre 2013 à 21:06, par Hélène Lipietz

      oui, dans l’hémicycle…

      comme tout ce qui concerne ce que je raconte dans cet article !

      En dehors, nous ne sommes pas en représentation du peuple français…

      alors on se serre la main :-) et on se vouvoie … alors qu’ailleurs on se tutoie !

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  • L’obligation de renouveler ma garde-robe Le 26 octobre 2013 à 10:31, par XXL

    Le président du Sénat, ou ses assesseurs, n’ont tout de même pas un système d’écoute pour s’assurer que vous vouvoyez votre voisin ! Et la surveillance commune, l’esprit de corps pas si prégnants que la désapprobation des collègues interdise cette pratique de pair à pair, de banc à banc pour des échanges privés ! Je veux croire que le vouvoiement ne s’impose que dans les cas d’échange de parole publique. Dans ce cas, j’approuve sans réserve une telle pratique. Salutations citoyennes.

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