Juif au STO
Papa n’a pas été simplement dénoncé par de bons français, transporté comme du bétail dans des conditions inhumaines, échappant à la déportation que grâce à l’astuce d’un cheminot, il a été, avant un étudiant cachant ses origines juives et continuant ses études et il a fait le STO pour que sa famille ne soit pas inquiétée.
Papa était brillant et pouvait espérer tenter avec succès l’école polytechnique... Mais celle-ci était une école militaire, donc l’interdiction d’accès aux juifs y était particulièrement stricte... Il aurait dû produire son acte de naissance intégrale... Né à DANTZIG, Ville libre (que j’était fière de cela, petite...), son acte de naissance portait mention de la religion de ses parents ... Alors il a préféré présenter l’école des Mines de Paris qui n’exigeait pas la production d’un tel acte...
Il n’a jamais porté l’étoile jaune. Mamie et Papi, le second mari de ma grand-mère, français depuis 1933, n’avaient pas voulu faire preuve de « civisme », comme tant d’autres juifs en se faisant recenser... il est vrai qu’ils avaient fui la Pologne du général Pilsudski pour son antisémitisme dés 1926 et que tout de suite, ils avaient compris que le fichage des individus était la fin de la liberté.
Puis, à 21 ans, il fût appelé au service du travail obligatoire, alors même qu’il n’était pas français : fils mineur d’un polonais, résidant en Pologne, il n’ait pu obtenir ce papier. Il a vu son père pour la dernière fois, en 1938, car Kasimir Lipiec, avocat à Varsovie, est mort, victime des Nazis, dans l’inserection de Varsovie.
Ne voulant pas attiré l’attention sur sa famille, il ne cherchat pas à fuir le STO. Et puis, pour un élève ingénieur des mines, faire son STO dans les mines d’Anzin, c’était un atout pour l’après-guerre ! Ce STO en France, fut la règle des trois promo des Mines de Paris, grâce au directeur de l’école, Edmond FRIEDEL... qui outre le protection de ses élèves fut un vrai résistant ! résistant et haut-fonctionnaire ? cela a existé, mais hélàs pas à la SNCF...
Papa y découvrit la solidarité ouvrière et les économies d’énergie puisque, au risque de sa vie, il était resté seul, la nuit, dans le puit, pour écouter les fuites d’air comprimé... il permit ainsi de rentabiliser les marteaux piqueurs. Ayant attrapé une pneumonie, il eu le droit à une permission et partit à Pau... la suite est connue. Pendant ce temps, dans le Morvan, ou plutôt entre le Morvan et Paris, un marchand de cuir, invalide de guerre, décoré croix de guerre avec palme, médaillé militaire, faisait son métier. Il achetait des peaux aux tanneurs d’Avallon et venant les vendre aux sapeur-pompiers de Paris dont il était le fournisseur officiel... L’avantage, c’est qu’il avait un camion des pompiers et un Ausweis lui permettant de circuler entre Paris et le Morvan, avec, comme chauffeur, puisqu’il avait perdu un œil en Argonne, une jeune étudiante en droit et en anglais, Colette, notre mère. Surveiller les signaux depuis la maison d’Avallon avec les vieilles jumelles de Tonton Mile, partir rechercher les parachutistes et les cacher sous le lavoir, répondre sans se troubler aux boches qui venaient fouiller la maison, transmettre, enrouler dans les peaux les messages entre le maquis Verneuil et Paris, furent plus simples que la vie de Georges... Mais le parisien polonais était entré dans la vie de Colette... et nous sommes issus de ce double héritage : juif, STO et internement d’un côté, résistance de l’autre. Mais d’un côté comme de l’autre, seuls les moments un peu fous nous furent contés : Et puis surtout, la rencontre fondatrice, entre l’intellectuel n’ayant jamais joué à la balle à dix et la jeune fille entourée de ses copains, qui soigna ce grand dadais piqué par un frelon (Éros est bizarrement déguisé en Morvan) et les courses folles à vélo entre Maman et Papa, venu à Avallon faire le plein de beurre, enfin de quart de beurre, qu’il raflait à la puissance de ses mollets ... Bref, que la guerre fut jolie, à travers les histoires de nos parents !Le Morvan, réserve de résistants
Une drôle de guerre
Enfin le frelon vint

